Impliquer, responsabiliser, GIZC

Inclusion, responsabilité mais comment ?

Officialisée en 1989 lors de la Conférence de Rio, la Gestion Intégrée des Zones Côtière s’attache à aborder les problèmes du littoral d’une manière globale et à situer toute intervention technique (notamment contre l’érosion) dans son contexte social, environnemental et économique.

Comme le soulignent les travaux réalisés à partir de centaines de pratiques de par le monde, la gouvernance est le point sensible de la réussite. Stephen Olsen dès 2000 indiquait par exemple que le facteur limitant la gestion effective des territoires ne correspond pas au « manque d’interprétation des connaissances scientifiques existantes », mais plutôt au manque de stratégie pour rendre la gouvernance « inclusive, participative et reflétant les valeurs et préoccupations des acteurs sur leur propre territoire ». (Educating for the governance of coastal ecosystems: the dimension of the challenge. Ocean and Coastal Management, 43:331-341. S.B. 2000)

A cette stratégie d’inclusion des populations il convient d’ajouter la création des conditions pour que chaque intervenant exerce sa responsabilité. Yves Hénoque le mettait en évidence dès 2006 : « cette gouvernance repose sur l’existence de mécanismes éprouvés de mise en responsabilité (accountability), où chacun connaît ses droits et ses devoirs dans un contexte de ressources financières et humaines limitées » (Leçons et futur de la Gestion intégrée des zones côtières dans le monde », VertigO la revue électronique en sciences de l’environnement [En ligne], Volume 7 Numéro 3 | décembre 2006)

Mais pour que cette action « globale » ou « intégrée » impliquant les populations leur permette d’exercer leur « responsabilité », il faut que la stratégie d’intervention soit énoncée clairement, qu’elle soit efficace en terme pratique et que les moyens soient utilisés au mieux. Il faut en particulier que l’ordre des interventions facilite davantage la synergie que le gâchis. Pour cela, un diagnostic s’avère nécessaire pour identifier les domaines ou l’intervention produira les effets de levier les plus sensibles.
Le schéma d’intervention spécifique présenté en entête de cet article fournit un exemple d’aide à la décision pour un comité local . Il est adapté à la situation des iles de Casamance mais les catégories et l’organisation s’appliquent facilement à tout site. Plutôt que de simplement lister ces domaines il est préférable de les classer par nature et de mettre en évidence les relations entre eux pour placer entre les mains des habitants les choix possibles et leurs implications.

La GIZC en pratique

1/ Réaliser un schéma adapté au territoire. Passons en revue ces 3 catégories :

Les conditions de vie qui déterminent l’attachement des habitants au territoire :

  • certaines, comme le traitement des déchets, dépendent du local, d’autres, comme l’accès à l’eau, à la santé, dépendent du niveau supérieur
  • Certaines (l’accès à la santé) sont coûteuses d’autres (par exemple la cantine scolaire) sont plus abordables.

Par exemple, dans les iles de Casamance, la lutte contre l’érosion peut, en partie, relever d’un effort local et les réussites peuvent déclencher une mobilisation de la population et attirer des soutiens.

Les plantations d’Eucalyptus fournissent les piquets nécessaires à la réalisation des épis. Elles pourront être réalisées sans attendre avec de tout petits moyens. Elles ne se limiteront pas aux Eucalyptus et concerneront les filaos ou les niaoulis (protection littorale), les acacias mellifera (clôtures)

Les activités économiques Génératrices de revenus ou au moins productrices de valeur pour le territoire local ou pour un territoire plus vaste.

Certaines activités interagissent par exemple le riz et l’aviculture (voir l’élevage de canards dans les rizières de Niomoune). Autre exemple : les techniques du séchage solaire, une fois maîtrisées pour les huitres pourront s’appliquer à plusieurs produits.

Certaines activités sont en synergie avec les deux autres catégories : par exemple le tourisme équitable peut contribuer à améliorer le transport (à la condition que les moyens de transports soient partagés). Il peut aussi ouvrir l’accès à des marchés, par exemple lorsqu’une communauté des amis de la région se constitue, ou encore à des ressources humaines extérieures

Les conditions d’efficacité des activités économiques :

Certaines conditions comme l’accès aux marchés ou aux ressources humaines ont un rapport coût-efficacité favorable sous-estimé.

La commercialisation est souvent envisagée en fin de processus alors qu’elle produit des recettes pour un investissement modique. L’isolement en rend la perception difficile.

L’existence de la mangrove, l’originalité d’un territoire comme celui des iles de Casamance sont des atouts pour la création d’une marque et l’amélioration des prix de vente des produits locaux.

De manière plus générale, l’ouverture au monde scientifique une fois établie, sera bénéfique à différents projets. Les écoles primaires des villages peuvent jouer ce rôle de pont vers l’extérieur.

2/ Définir les relations du territoire avec son environnement, identifier des partenaires (à droite sur le schéma) et les échanges qui valoriseront les efforts locaux. Les acteurs ont hélas tendance à privilégier la recherche de partenaires financiers alors que souvent les alliances pour un partage du travail seraient plus productives.

Certaines activités peuvent être envisagées à l’échelle d’un territoire (une ile telle que Diogué par exemple), d’autres ne pourront être envisagées que sur un territoire plus large, c’est le cas pour l’ostréiculture qui n’est viable qu’au sein d’une filière comportant un ou plusieurs sites de captage, des sites d’élevage, une commercialisation partagée.

D’autres encore doivent être menées avec des partenaires extérieurs : la transformation des fruits en est un exemple. Pour s’adresser au marché des villes il est indispensable de s’allier avec des unités de transformation équipées pour l’emballage, la commercialisation et à même de réaliser une économie entre commercialisation des fruits frais, de la pulpe ou des produits conditionnés. Ce type de rationalisation est impossible au plan local.

3/ Esquisser des scénarios.

En fonction des moyens disponibles, des priorités et des synergies escomptées, la population pourra examiner différents scénarios d’évolution du territoire qui hiérarchiseront les éléments du schéma et identifieront les relations privilégiées, les chemins critiques.

Par exemple : La reconversion de rizières en parc ostréicole conjuguée avec un accès au marché des villes pourra améliorer les revenus, maintenir davantage de jeunes sur place et permettre d’entretenir des digues protégeant les rizières, etc.

Le schéma proposé ici correspond à la situation des iles de Basse Casamance. Il résulte d’une année d’échange avec une centaine d’habitants. Les élément mis en exergue correspondent à une hypothèse à discuter avec un comité local.

Nous suggérons que chaque zone sur laquelle une intervention est envisagée commence par se doter d’un schéma analogue à celui-ci. Un document plus complet est disponible dans la documentation

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